Promenons-nous dans les bois… (#1)

Promenons-nous dans les bois… (#1)

Le temps était un peu couvert, les nuages commençaient à grisonner et à obscurcir le bleu du ciel, et le soleil, de plus en plus timide, semblait vouloir se coucher avant l’heure.

Je marchai tranquillement, le regard se portant sur les nombreux oiseaux qui semblaient s’affairer à trouver un abri face à la menace montant du ciel.

Mes yeux finirent par se poser sur un magnifique pic-vert. 

Contrairement aux autres oiseaux, il avait l’air tranquille, perché sur un beau chêne aux feuilles agitées par le vent.

J’ai souri en le regardant, et c’est là que je vis qu’il me regardait lui aussi avec intensité; comme si nous nous dévisagions mutuellement.

Subitement, il s’envola et je me sentis invitée à le suivre, sans trop me l’expliquer.

Il volait au-dessus du chemin que j’empruntais, et se dirigeait vers la forêt, majestueuse quoique un peu menaçante avec le temps changeant.

C’était une épaisse forêt composée principalement de gros chênes touffus, et plus je me rapprochais plus je distinguais la baisse de luminosité, et l’aspect sombre de ce bois me fis frissonner.

Pourtant, je suivais toujours le pic-vert qui se retournait régulièrement, comme pour surveiller si je le suivais toujours.

« Je te suis », répondis-je, souriante et confiante malgré tout.

Comme rassuré, le pic-vert se retourna, le regard vers la forêt. 

Il voulait que j’y pénètre, avait-il quelque chose à me montrer?

Nous arrivions à la lisière du bois, et mes pas se figèrent. 

J’hésitai maintenant à avancer plus loin: je ne connaissai pas cette forêt, le temps ne présageait rien de bon et j’avais peur de me perdre.

Au fond de moi cependant, j’étais piquée par la curiosité et j’avais vraiment envie de savoir où cet oiseau voulait m’emmener, ou ce qu’il tenait à me montrer.

C’est là que je vis qu’il y avait deux chemins possibles pour pénétrer dans la forêt.

Je regardai le pic-vert, mais celui-ci s’était posé sur un tronc d’arbre renversé et ne semblait pas vouloir m’être d’une aide quelconque.

« A gauche ou à droite? » tentai-je, mais l’oiseau demeurait impassible. 

Il ne m’aiderait pas, le choix n’appartenait qu’à moi seule.

Le chemin sur la gauche s’enfonçait directement dans les profondeurs de la forêt, le ciel était peu visible, caché par les hautes branches des chênes. 

Une légère brume sur le chemin m’indiquait la présence proche d’un point d’eau.

Le chemin de droite semblait plus lumineux, les arbres moins gros et plus clairsemés, le chemin tapissé de feuilles aux couleurs éclatantes invitait à poursuivre la promenade, même si je n’étais plus convaincue d’être vraiment en balade… 

J’avais beau me dire que le choix semblait s’avérer facile, je ne pouvais m’empêcher de me demander si ce n’était justement pas trop simple.

Un choix manichéen qui ne m’inspirait pas.

Le bien d’un côté, le mal de l’autre, la lumière et l’ombre.

Je jetai un dernier regard au pic-vert, et comme pour confirmer ma pensée qu’il ne m’aiderait décidément pas, il s’envola et disparut dans la touffeur des branches.

Autour de moi, il n’y avait plus aucun son, pas un oiseau ne chantait, comme pour annoncer un danger imminent.

Je commençai à trembler: je ne savais pas trop distinguer si c’était de froid ou de peur, ou bien un mélange des deux.

Faire demi-tour me traversa soudainement l’esprit.

J’avais tellement fixé le chemin à l’horizon que je n’avais pas vu que la route derrière moi s’était effacée au fur et à mesure de mon avancée.

Tout derrière moi était devenu noir d’encre, je ne distinguai plus le moindre chemin et le ciel était obstrué comme si je m’étais trouvée au-dessus d’un volcan entrant en éruption, crachant sa violence en obscurcissant tout autour de lui.

Je n’avais donc pas le droit de me retourner, de revenir sur mes pas, je devais avancer et me décider maintenant quant à la suite de ma marche, qui prenait des allures de quête ou encore d’aventure et qui avait définitivement perdu toute son insouciance de simple marche contemplative.

D’ailleurs, où me trouvais-je? Je ne connaissais pas la forêt mais je ne connaissais pas plus le chemin qui m’avait menée jusqu’à elle. 

Je marchai en territoire inconnu sans me poser la moindre question.

Quel étrange ressenti… Et pourtant j’avais une impression de déjà-vu.

Une sensation profonde me poussait sur le chemin plus sombre, pourtant je sentais ma gorge se serrer et mon corps se glacer à cette idée.

Je savais que je devais prendre ce chemin, même si j’en ignorai encore la raison.

Je m’exécute, réticente, mais de toute manière il n’était plus possible pour moi de faire demi-tour, alors je n’allais pas rester plantée là à attendre!

Me voilà sur le chemin de gauche, mon corps fendant la brume, mes yeux essayant de distinguer la suite du chemin.

Mon rythme cardiaque s’accéléra, mais une montée d’adrénaline bienvenue me donna le courage nécessaire pour continuer à avancer.

J’arrivai au point d’eau que j’avais présumé être tout prêt à cause de la brume.

Une mare sombre et lisse se trouvait devant moi, la surface de celle-ci à peine effleurée par quelques feuilles mortes. 

Je décidai de poursuivre mon chemin sans m’attarder, cette mare ne m’inspirait rien de bon. 

Cela me rappela de mauvais souvenirs, comme cette fois où j’avais failli me noyer. 

Depuis cette épreuve j’avais peur de l’eau, et je n’aimais pas que ma marche se transforme en réminiscences désagréables.

Je n’avais pas pris la route pour me remémorer mon passé… mais pourquoi l’avais-je prise d’ailleurs? 

J’avançai donc de nouveau sur ce chemin brumeux et c’est là que je l’entendis dans le lointain, un son étrange que je n’arrivai pas à définir.

Pour cela il fallait que je me rapproche, ce que je fis, non sans une inquiétude montant crescendo en moi.

Je me laissai guider par ce son étouffé et grave, et au fur et à mesure que j’avançai, je distinguai un bruit métallique.

Tout à coup, une biche surgit sur le chemin, magnifique et fière mais l’oeil apeuré. 

Etait-ce moi qui lui avait fait peur, ou bien autre chose?

Son attitude m’inquiéta, j’avais l’impression qu’une menace me surveillait de près sans que je puisse la distinguer concrètement.

Je trouvai finalement l’origine de ce bruit étrange: un coffre bardé de plaques de métal se secouait sur lui-même, à moitié recouvert de feuilles mortes.

Un solide cadenas fermait le coffre, et bien entendu la clé ne se trouvait nulle part. 

Mais où pouvait donc se trouver cette clé? A vos claviers pour imaginer une réponse, la deuxième partie très vite!

Un (énorme) soupçon de mauvaise foi, de l’argent et mon amour des oiseaux

Un (énorme) soupçon de mauvaise foi, de l’argent et mon amour des oiseaux

Cher journal,

Hier, j’ai eu un nouveau rendez-vous avec ma super infirmière, Vanessa.

On a bien discuté et j’avance bien avec elle dans le sens où elle me fait vraiment réfléchir sur ma vie, mon quotidien, et m’encourage à être bien plus tolérante et bienveillante avec moi-même.

Ah je crois que j’ai oublié de te raconter pourquoi je vois une infirmière. Tu sais déjà que je suis en Affection Longue Durée (ALD) pour ma dépression, et ce jusqu’en 2022.

De fait, je ne travaille pas et touche donc le RSA.

C’est parce que je touche le RSA et que je suis en ALD que j’ai le droit d’avoir un suivi thérapeutique gratuit à mon domicile, suivi assuré par une infirmière et une psychiatre, chacune venant me voir une fois par semaine pour m’aider à m’en sortir.

En plus de ces deux personnes, j’ai un suivi trimestriel par une assistante sociale.

Je fais partie des personnes décrites par mon département comme étant « en grande précarité financière et émotionnelle« , ce que je ne trouve pas forcément très flatteur comme appellation, mais après tout c’est la vérité.

Comme le dit mon assistante sociale: « ce sont des gens comme vous que l’on ne doit surtout pas perdre de vue ».

Ces trois personnes qui me suivent sont de véritables amours tellement elles sont douces, gentilles et compatissantes, et je suis surprise de tant de bienveillance dans le monde médical, car jusqu’à présent, j’ai surtout été habituée au contraire.

L’autre grande nouveauté, c’est que j’ai eu le droit total de refuser un traitement psychiatrique au début de cette thérapie, ce que j’ai fait. Je ne me suis pas sortie de l’addiction aux médicaments pour recommencer à en prendre, ça va pas la tête!

Du coup, j’ai un suivi, mais sans médicaments, et ça me convient très bien.

Donc voilà pour le résumé de la situation, je pense que tu y vois plus clair maintenant.

Hier, je me suis rendu compte après mon rendez-vous que j’avais fait preuve de mauvaise foi avec mon infirmière.

Nous parlions de mon alimentation, du fait que j’avais commencé à faire la cuisine, des plats sains, et que j’avais tout arrêté ce mois-ci faute d’argent pour faire des courses équilibrées.

Je lui ai donc dit que je mangeais un peu comme avant ma résolution de cuisiner, et essentiellement des plats à base de pâtes.

Hier soir, je suis allée faire des courses, c’était prévu et je ne voulais rien acheter pour ne pas crever mon budget.

En rentrant avec les courses, je les ai rangées dans les placards et j’ai regardé toutes ces petites choses que j’avais achetées aux courses d’avant, et j’ai ressenti un léger malaise.

Lorsqu’il s’agit d’acheter des cochonneries pour grignoter, des petits trucs tout sauf sains qui, cumulés les uns aux autres forment un joli pécule, j’ai étrangement de l’argent, mais pour acheter des légumes et des fruits frais, il n’y a bizarrement que des toiles d’araignées dans mon portefeuilles….

Après cette réflexion, étant donné que mon infirmière m’avait dit le matin même que je devais être plus indulgente avec moi-même, je me suis quand-même dit que ces grignotages ne sont pas un plaisir mais un besoin pour dissimuler une souffrance quotidienne, et donc que ce n’était pas non plus une raison de me flageller pour ces achats « vides ».

Cela m’a donc plutôt amenée à réfléchir sur mon estime de moi-même. Pour ce qui est du contenu de mon assiette, c’est dur de m’offrir des choses de qualité, de bons légumes ou des aliments sains et savoureux.

Il y a un refus profond de nourrir mon corps correctement, même si je m’y emploie le plus souvent possible.

Autant je soigne mon apparence, mon look et mon visage, plus par souci du regard des autres que par réelle estime de moi-même, autant tout ce qui ne se « voit pas », c’est à dire tout le reste de mon corps et ce que je mets dedans, je le néglige le plus possible.

J’ai le corps criblé de marques, de cicatrices, de petits boutons, une vilaine peau, je ne suis jamais correctement épilée, et chaque jour je me dégoute, et chaque jour je me néglige parce que je me dégoûte.

C’est un cercle vicieux. Parfois je m’écarte un peu du chemin et je fais quelques efforts, avant de retomber dans mes vieux travers.

Tu pourrais croire que je m’apitoie sur mon sort mais il n’en est rien, j’ai juste besoin d’en parler aujourd’hui. Il y a tellement pire que moi sur la planète, pourquoi pleurnicher sur soi?

Je préfère sacrifier mon budget courses pour m’offrir des plaisirs comme des DVD, moi la fan de bons films, et cacher ma détresse physique et achetant trop de produits pour soigner mon visage, tout simplement parce que je suis en souffrance.

Je suis la première à constater que je gère mal mon micro budget.

Combien de personnes se lamentent, avec leur salaire d’au moins 1000€, de ne pas pouvoir joindre les deux bouts?

Comment font les gens comme moi qui ont à peine plus de la moitié de cette somme? Ils font des choix, ils se débrouillent, parfois ils font des sacrifices, mais je ne me sens pas malheureuse dans cette configuration financière.

Bien sûr, parfois j’aimerais être plus confortable à ce niveau, pour simplement être moins angoissée par le lendemain, mais quand je relativise je me rends compte que j’ai tout ce qu’il me faut. Un logement fantastique, au calme, avec un jardin, de quoi manger et boire, me laver et m’habiller, beaucoup de confort, un ordinateur, un accès à internet, et même plein de choses pour dessiner, écrire, lire, faire des photos… Franchement je suis loin d’être mal lotie.

Et puis, s’angoisser pour le lendemain, ce n’est pas vivre le moment présent.

Seul le présent existe. Et tac!

Ce dont je voudrais me débarrasser, c’est de cette « mésestime de moi-même » qui me pousse irrémédiablement à faire les mauvais choix, ou à dire « pas d’argent pour faire les courses » alors que j’ai dépensé quasiment tout mon budget dans des achats plaisir, tout simplement pour apaiser le démon qui me grignote et me blesse au quotidien.

Je ne suis pas irresponsable, je suis la première à me rendre compte de mes incohérences, cette peur de manquer alors que je ne manque déjà de rien, cette peur également d’avoir de l’argent, de mériter d’en avoir et de le garder pour mon confort et ma sécurité.

Je travaille actuellement là-dessus avec mon « équipe », et j’avance.

J’aimerais dire à tout le monde que nous devrions reconsidérer notre rapport à l’argent et nos véritables besoins, parce que je me rends compte que ce qui me rends vraiment heureuse n’a pas de prix, ne s’achète pas.

Ce que je remarque aussi, c’est cet éternel désir jamais assouvi. On désire quelque chose, on l’obtient, puis finalement on voudrait autre chose, et cela continue encore et encore.

Et si on apprenait à profiter de ce que nous avons déjà? J’ai de vraies merveilles chez moi, et je vais consacrer ma journée à les mettre à l’honneur et à les installer de manière à les intégrer à mon quotidien.

En ouvrant mon volet tout à l’heure, j’ai vu une huppe fasciée (photo) passer devant moi, j’entends actuellement de nombreux oiseaux chanter, comme s’ils chantaient le bonheur d’être en vie, et c’est un tel ravissement pour mon coeur que je n’ai envie de rien d’autre que de les écouter.

Pour cela, pas besoin de carte bancaire, juste de ressentir le moment présent et de laisser mes sens s’épanouir pour les écouter encore et encore.

J’aime tellement les oiseaux…💛

Un trop-plein de bagages, un vol d’oies sauvages et des toiles d’araignées

Un trop-plein de bagages, un vol d’oies sauvages et des toiles d’araignées

Cher journal,

Je voulais t’écrire hier, mais je n’ai pas arrêté de la journée, j’étais dans la phase maniaque de la dépression comme mon infirmière me l’a expliqué l’autre jour, celle où j’ai l’impression de pouvoir décrocher les étoiles et déplacer des montagnes en même temps.

Je me suis couchée épuisée, avec des douleurs partout tellement j’ai travaillé, et pourtant impossible de dormir.

Je déteste les insomnies, mais bon je ne suis pas sûre que qui que ce soit sur Terre les apprécie!

Ce matin je me suis levée tard, pour rattraper mes heures de sommeil manquées de la nuit, et je n’ai pas la moindre énergie pour faire quoi que ce soit dans la maison, je ne veux qu’écrire, écrire jusqu’à l’épuisement, écrire jusqu’à l’ivresse.

Hier matin, j’ai eu l’immense bonheur de voir passer un petit groupe d’oies sauvages juste au-dessus de la maison, elles volaient plutôt bas comparé à d’habitude, et je me suis régalée.

Impossible d’enlever le sourire qui s’était collé sur mon visage, et puis leur petit cri me transporte de joie. J’espère en revoir bientôt car c’est un spectacle de Dame Nature dont je ne pourrai jamais me lasser.

En ce moment, je suis très repliée sur moi-même, je ne sors plus, je ne veux voir personne, mais je me sens bien comme ça, c’est un choix et non une contrainte que je m’inflige.

J’ai commencé ma nouvelle thérapie il y a dix jours, et grâce à ma thérapeute formidable, j’ai pris conscience de mon trop-plein de bagages émotionnels, bagages d’ailleurs qui ne m’appartiennent même pas, ce qui m’invite à une profonde introspection et une volonté farouche de faire le vide autour de moi.

Le vide des personnes toxiques, le vide des gens qui me blessent, me stressent, m’égratignent; rien que le fait qu’ils soient dans ma vie, même s’ils ne disent rien, me fait mal.

Je ne veux plus de ces bagages, je veux voyager léger.

Je n’ai plus d’appétit parce qu’en fait, j’ai compris des choses et je n’ai plus envie de m’anesthésier avec la nourriture, j’ai besoin d’une grande lucidité pour accomplir les exercices liés à ma thérapie, et avancer sans me soucier des remarques autour de moi.

Hier donc, dans ma folie de ménage, je me suis attaquée à mon rez-de-chaussée, ce point noir de la maison qui me hante et que je me suis promis d’avoir parfaitement mis en ordre et nettoyé d’ici la fin de l’année.

Il faut que je t’explique. Ma maison est à l’étage, et le rez-de-chaussée est une sorte d’immense garage qui fait la surface de la maison, soit environ 75m2.

Le problème d’un garage si grand, c’est que c’est merveilleusement invitant pour stocker plein de trucs et de machins, comme ces choses dont on s’occupera « plus tard », qu’on jettera « un jour, etc.

Ma maison, elle, est parfaitement désencombrée, je ne trouve plus rien à enlever pour me sentir bien, excepté un livre de temps en temps, mais ce rez-de-chaussée c’est une autre paire de manches.

En Feng-Shui, une science chinoise ancestrale de l’agencement, les greniers, caves et garages sont souvent assimilés à la clarté mentale, c’est-à-dire que ces espaces dits « de stockage » reflètent ce qui se passe dans notre esprit.

Autant vous dire que le désordre, les toiles d’araignées et les choses à jeter ne reflètent pas un mental clair et limpide en ce qui me concerne.

Avant-hier, après ma séance de thérapie, cela a fait tilt.

En prenant conscience de mon encombrement « psycho-génétique » hérité de ma famille, j’ai compris que ce rez-de-chaussée sans dessus-dessous était la manifestation physique de mes « toiles d’araignées mentales », et je n’en veux plus.

Mais alors plus du tout, c’est une vraie révolte intérieure teintée d’une certaine colère, un mélange de deuil et de soulagement, de lâcher-prise qui me permettrait enfin de poser le paquetage que j’ai sur les épaules et de dire, haut et fort:

« Tenez mes ancêtres, je vous rends vos valises, j’ai les miennes à porter et ça me suffit amplement. »

Ma mission de fin d’année: me débarrasser des fantômes de ma vie, autant physiques que mentaux. Mettre fin à l’épidémie de souffrance qui me gangrène depuis mon enfance, tourner toutes les dernières pages de ce vieux roman défraîchi et le balancer à la poubelle sans le moindre remord.

Pour terminer sur une note légère et joyeuse, le temps se rafraîchit beaucoup, les jours ont bien raccourci, j’ai eu le droit à ma première journée complète de pluie et je suis aux anges.

Bientôt sera venu le temps d’offrir aux oiseaux du ciel de la nourriture pour les jours froids de l’automne et de l’hiver, et de me régaler pendant des heures de ce ballet aérien derrière ma fenêtre.

Je crois que c’est l’un de mes plus grands bonheurs, et de très loin: entre leurs chants mélodieux, joyeux et cristallins et la beauté de leur plumage et de leurs petites pattes, mon coeur chavire…

Oh, j’oubliais!!! Bonne route les oies, portez-vous bien 💛

Une histoire de Noël, de sucre, de fragilité et de journal

Une histoire de Noël, de sucre, de fragilité et de journal

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les histoires.

J’adorais qu’on me lise de belles histoires lorsque j’étais petite, pour m’endormir et oublier les grosses bêtes effrayantes qui m’épiaient derrière la porte de ma chambre, ou pire, qui se cachaient sous mon lit et attendaient que l’on éteigne la lumière pour me gratouiller les jambes avec leurs longs doigts griffus…

J’ai toujours eu très peur du noir, même aujourd’hui, car alors mon imagination s’enflamme et tour à tour j’imagine des bêtes monstrueuses dans ma maison, qui me voudraient du mal, et parfois je vois des flashs de mon passé qui me provoquent d’horribles crises de larmes et des insomnies sans pareille.

En ce moment je suis plongée en pleine mélancolie, c’est pourquoi je parle de souvenirs d’enfance, de choses du passé aujourd’hui.

Les magasins commencent à parler des fêtes de Noël, ce que je trouve un peu absurde le 15 Octobre, mais malgré moi j’y pense.

Je me rends compte que je n’ai quasiment aucun souvenir heureux de mes Noël. Je me rappelle de ma joie sans nom lorsque je décorais le sapin. Toute cette lumière et ces paillettes me plongeaient dans un univers parallèle et magique, empli de joie et de bonheur.

Je me rappelle de très beaux cadeaux que j’ai eus puis je me rappelle de tout le négatif avec un pincement au coeur un peu plus fort que ce que je voudrais sincèrement ressentir au fond de moi.

Ma crise d’asthme qui m’a conduite à l’hôpital après m’être amusée à prendre les guirlandes multicolores poussiéreuses pour des écharpes de princesse de contes de fées.

Ma maman qui est partie travailler à 20h30 (infirmière de nuit à l’hôpital) un soir de réveillon.

Les horribles disputes, les déjeuners ennuyeux, stressants et interminables le 25, ma peine et ma détresse face à ces adultes haineux qui se déchiraient quasiment chaque année.

Les cadeaux pas emballés, avec les prix, les cadeaux à côté de la plaque, non pas pour le fond, mais pour la forme: ne méritais-je pas un joli paquet et un cadeau qui me plaise?

J’ai toujours trouvé cela si méprisant d’offrir des choses « à l’arrache » histoire de se dédouaner et de se déculpabiliser de ne pas avoir pris le temps de réfléchir et de faire un vrai cadeau à la personne. Je préfère ne pas avoir de cadeau du tout qu’un cadeau bâclé. Pour moi qui accorde beaucoup d’attention aux détails, en tout cas c’est important.

Pardonnez-moi si vous trouvez que je chipote pour pas grand chose.

Pour moi, vraiment, tout cela forme un tout qui a une importance capitale.

Cette année, j’ai décidé de m’offrir un beau Noël et même d’assumer mes envies de « consommation spéciale fête » (le tout raisonné bien entendu), mais je crois que j’ai autant besoin qu’envie d’instaurer des rituels et des fêtes joyeuses dans ma vie, car lorsque je regarde derrière moi, je vois un océan de larmes qui laisse des traces tenaces dans mon esprit.

J’ai tellement pleuré, tellement été seule, malheureuse, désespérée, qu’aujourd’hui je décide de me faire du bien.

Alors oui cette année Noël sera joyeux, festif, et je vais me faire une déco qui me ressemble et me ravit, moi et la petite fille qui vit en moi.

A moi les paillettes, les bougies et autres jolis éclairages, les décorations en verre, les petits animaux en bois à la scandinave avec beaucoup de décors naturels, végétaux et boisés…

Pour une fois, je veux m’autoriser à me laisser aller avec les objets.

Bref, nous verrons ici en temps voulu, ce n’est pourtant pas l’heure des décorations de Noël!

Revenons à nos moutons si vous le voulez bien, ou plutôt, revenons au titre de cet article.

Noël, c’est fait.

Je vais vous parler de cette histoire de sucre maintenant. En fait, il y en a plusieurs, totalement différentes.

La première la voici: il y a quelques semaines, et depuis c’est arrivé plusieurs fois, où alors que je venais de me faire mal (comme me cogner le coude dans un coin de meuble, ou l’orteil dans un pied de la table basse… aïe), mon chéri se précipitait pour me demander si ça allait, et dans sa voix j’avais l’impression d’avoir eu un accident bien plus grave que la réalité.

A la fois amusée et froissée, je rétorquais que je n’étais pas en sucre et que je ne me cassais pas si facilement, mais permettez-moi d’opposer aujourd’hui une objection à cette déclaration, car aujourd’hui elle me donne les larmes aux yeux.

J’ai envie de dire à la face du monde, même si finalement peu de gens lisent ce blog mais tant pis, que si, aujourd’hui, je considère que je suis en sucre.

Et si je me casse facilement, trop facilement même.

Pourquoi? Parce que je suis hypersensible et que je suis épuisée de devoir jouer la comédie pour ne pas assumer cette hypersensibilité que beaucoup ne comprennent pas ou prennent pour de la comédie.

Oui je suis en sucre, oui un rien me blesse, me fait pleurer, m’irrite, me mets en colère, m’écorche même parfois à vif. Des remarques, des mots, des gestes, des regards, des choses entendues ou lues peuvent me plonger dans le plus profond désespoir, ou dans le bonheur le plus intense.

Mes émotions sont de vraies montagnes russes, et cela peut se voir sur ce blog. Un jour ça va, le lendemain c’est une ambiance apocalyptique qui règne.

Cela inquiète parfois mes amies les plus chères, les plus proches et je le comprends, mais c’est une façon d’être qui pour moi a toujours été acquise, je fonctionne comme ça, et je m’en remets toujours, peu importe la gravité de mes problèmes.

Oui l’autre jour j’ai failli me tordre la cheville pour éviter un insecte qui passait au dernier moment sous ma chaussure, oui aller en centre-ville me donne envie de pleurer à cause du bruit des gens, des voitures, des musiques d’ambiance, des cris, des klaxons, des chiens qui aboient.

Je rentre chez moi épuisée, comme si j’avais couru trois marathons d’affilée, tremblante comme une feuille et n’aspirant qu’à me blottir dans mes couvertures, au calme, lovée dans les bras réconfortants de mon chéri.

Oui je suis sensible aux mots prononcés, aux formulations, aux odeurs, aux sons. Je pleure parfois d’épuisement quand il y a trop de bruits autour de moi, je m’énerve quand je ne me sens pas respectée dans mes besoins, en particulier mon besoin de solitude et de silence, je ne supporte aucune intrusion d’aucune sorte dans ma vie, que ce soit que l’on fouille dans mon portable, que l’on rentre dans ma pièce ou que l’on me prenne mes affaires.

Je n’ai pas un caractère très facile, la larme omniprésente mais aussi le sourire jusqu’aux oreilles juste parce que je vais voir une pie se poser dans mon jardin.

Je peux rire aux éclats et pleurer comme une madeleine dans un intervalle de quelques minutes, et je m’en accommode de plus en plus facilement aujourd’hui parce que je me rends compte que même si cela peut parfois passer pour de la faiblesse, je crois surtout que mon hypersensibilité, ce caractère à fleur de peau, ce souci constant du détail, de la précision, du geste, de l’harmonie et de l’esthétisme dans mon quotidien sont ma plus grande force connue à ce jour.

Enfant surdouée rattrapée par les souffrances de la vie, j’ai construit de mes propres mains un château pour me protéger des méchancetés du monde, de la barbarie des adultes qui font mal, blessent et piétinent l’innocence des plus fragiles. Un château construit à base de cartes, c’est tout ce que j’avais en main à l’époque, et les méchants sont passés à travers les trous et les courants d’air. Ils ont détruit mon château, ne laissant que des ruines.

On m’a fait du mal au-delà du concevable, on a souillé mon corps, mon coeur, mon esprit, on a même tenté de me tuer l’année dernière, on m’a humiliée, rabaissée, parce que justement j’étais différente, dans mon monde.

Aujourd’hui, grâce à l’aide d’une équipe formidable, je reconstruis mon château, tout doucement, avec des matériaux solides et durables, le problème, c’est qu’il faut tout reconstruire à partir des fondations et que cela prend du temps.

Ces dernières années, j’ai vu filer le temps, puis j’ai cru qu’il s’était figé lorsque je comptais mes minutes d’enfermement lorsque j’étais en clinique psychiatrique. Les jours où j’oubliais un peu trop qui j’étais, défoncée aux médicaments, plus proche du zombie que de l’être humain, je répétais, de peur d’oublier « je m’appelle Alice, je m’appelle Alice, je suis née le 4 Février et j’aime la pluie ».

A ce moment-là, j’avais peur de ne me rappeler plus que de cela, mon prénom, ma date de naissance et mes conditions météorologiques préférées. Je ne pouvais plus ni lire ni écrire, j’avais constamment un goût de cendre dans la bouche, le goût de la mort, je me sentais morte et anéantie.

Ne plus pouvoir écrire me rendais folle, je prenais mon stylo, mon carnet, je décapuchonnais mon stylo, je posais la plume sur le papier, et j’attendais.

Puis je me mettais à pleurer de désespoir, devenue muette sur l’immensité d’un papier qui semblait n’attendre que mes mots, qui semblait ne vouloir recueillir que mes simples pensées de petite humaine au fond du trou.

Les infirmières arrivaient, me donnaient un calmant et s’en allaient, me laissant seule dans ma chambre, repliée dans mon fauteuil, scrutant les arbres au loin sur les collines.

Oui je suis en sucre. Oui j’ai aussi concrètement des problèmes avec le sucre. Boulimie de sucre. Rage de sucre, rage de réconfort. Hypoglycémie aussi sévère qu’inexpliquée.

J’ai frôlé le coma diabétique lors de mon hospitalisation en Février 2017.

Je n’ai pourtant aucun problème de diabète. J’ai été mise sous contrôle à l’hôpital, aucun souci.

Je continue à avoir des problèmes violents de sucre dans les moments de stress intense, dans les moments d’introspection trop brusques, et tout se précipite en moi; j’ai l’impression que je vais tomber, j’ai des vertiges, des palpitations, je transpire, je deviens pâle comme un matin d’hiver.

Un coup de sucre et ça repart, tout va bien, comme si rien ne venait de se passer.

Je suis une bizarrerie médicale, une énigme pour les psy qui se sont tous cassés le nez sur moi et mes problèmes. D’où vient votre mal-être Alice?

De trop d’origines différentes, vous ne pouvez pas comprendre l’incompréhensible. Vous ne pouvez pas comprendre l’acharnement sur ma petite vie de simple mortelle. L’enfant surdouée et hypersensible s’est pris les pieds dans le tapis, puis elle a été abandonnée, mise de côté, comme un jouet qui perd de son attrait. Pantin manipulé désarticulé. Poupée qui pleure et qui crie « Au secours regardez-moi, ne me laissez pas toute seule, j’ai peur toute seule… j’ai peur dans le noir de la vie, dans le tunnel de cet enfer qu’a été ma vie jusqu’à il y a quelques mois encore. »

J’ai cru mourir des milliers de fois, non pas de problèmes ou de causes physiques, mais bien de chagrin ou de peur, parfois et même souvent les deux en même temps.

J’ai perdu et retrouvé l’espoir un nombre incalculable de fois, et aujourd’hui je suis en mesure de dire que la vie est belle, même si elle est difficile, même si je sens les fantômes du passé caresser mes épaules avec une insistance glaçante.

Oui je suis en sucre parce que je suis trop sensible, mais je suis une variété spéciale de sucre parmi les sucres… je suis un sucre résilient, aussi fragile que costaud, et ne vous étonnez pas de mes problèmes de poids parce qu’il faut avoir le dos large pour encaisser les coups du sort, il faut des cuisses fortes et un gros ventre pour se protéger des agresseurs sexuels.

C’est une question de survie encore aujourd’hui, dans ma tête, que d’avoir ce poids en trop, voilà la raison pour laquelle il ne s’en va pas.

Avec les médicaments pris jusqu’à la quasi overdose en 2017 et mon stress intense, j’ai perdu toute ma capacité de concentration.

Je fais répéter sans arrêt les choses aux gens.

Alors maintenant j’ai décidé d’assumer et de noter les choses pour m’en rappeler.

Les dates d’anniversaire de mes amies par exemple, ou leur couleur préférée.

Parfois on me taquine, et même si ce n’est pas méchant, cela pique mon coeur parce que c’est une situation qui me fait souffrir.

J’ai la capacité de concentration d’une feuille morte, raison pour laquelle je limite au maximum mes échanges avec les gens, parce que je ne veux pas passer pour une égocentrique ou une égoïste, c’est juste que je suis incapable de me concentrer sur autre chose que mes pensées.

Pourquoi?

Cela a été nommé il y a quelques jours.

Cela s’appelle « stress post-traumatique », ce qui engendre une mobilisation totale de mon énergie physique, intellectuelle et émotionnelle pour essayer de gérer et refouler au mieux tout ce qui gangrène mon cerveau.

Je suis parfois épuisée après avoir lu un chapitre de livre, ou épuisée d’avoir marché un kilomètre à petits pas.

Je suis épuisée de suivre une conversation simple car cela me demande une énergie que je n’ai pas.

Je suis épuisée de lire des blogs, et pourtant j’aime vous lire, mais je n’ai que très rarement la force de commenter. Même répondre à vos commentaires est parfois difficile.

Mais la bonne nouvelle, c’est que cela peut revenir, ma mémoire peut revenir si je me débarrasse en douceur de ce stress post-traumatique.

Si j’y arrivais, j’aimerais reprendre des études.

De quoi, je ne peux pas vraiment vous le dire puisque tant de choses diverses et variées m’intéressent.

On me promettait les plus grandes écoles avec mes capacités, je devais sauter des classes, j’avais d’excellentes notes puis du jour au lendemain, j’ai baissé les bras alors que j’aimais tant apprendre, même si j’avoue que j’aurais préféré apprendre autre chose que ce qu’on enseigne à l’école.

N’y aurait-il pas une école de poésie où l’on apprendrait également l’ornithologie et la botanique? 😘

Petit sucre deviendra grand.

Qui sait, je deviendrai peut-être un magnifique caramel dur si l’on m’arrose un petit peu?

 

Ce blog, c’est ma parenthèse aérienne, moi le verseau constamment dans les nuages…

« Lili, Lili t’es là, tu m’écoutes? »

« Hein? Euh oui pardon, je regardais le nuage en forme de lapin, tu l’as vu, juste ici? »

Sans ce blog, sans mes innombrables carnets, sans toutes ces cartouches d’encre vidées au fil du temps, je pense que mon esprit se serait délité, et je pense qu’à l’heure actuelle je ne serais même plus en état d’avoir un dialogue simple avec qui que ce soit.

Si vous voulez me détruire, enlevez-moi tout support propice à l’écriture, mais je sais que vous ne le ferez pas.

Je veux juste aujourd’hui donner la part belle à des articles sur mes pensées, comme celui-ci (peut-être pas forcément aussi longs, mais cela dépendra du volume de ce que j’ai à dire!) et laisser de côté les articles plus pratiques, me laisser aller à ce qui me fait vibrer, partager avec vous les plus belles citations que je trouve dans mes livres préférés, et surtout, surtout, ne pas sombrer dans l’écriture commerciale et marketée, à base de sponsors et de rémunérations qui tueraient à même l’oeuf la spontanéité et la fraîcheur de mes propos.

Je suis bien comme ça, je suis bien comme je suis, qui m’aime me suive, qui ne m’aime pas s’en aille voguer librement vers d’autres cieux, le monde est veste et contient tout ce qu’il faut pour contenter chacune des âmes qui le peuple.

A toi petit blog, je change ce soir ton nom.

Te voilà officiellement devenu mon journal, journal que je partage au monde, à qui voudra me lire et faire un bout de chemin avec moi.

Tu es bienvenu(e) si mes histoires te plaisent, si mes écrits te touchent.