Wabi Sabi: l’esthétique du temps qui passe

Wabi sabi

Aujourd’hui, je te parle d’un concept japonais sur le blog, ou plutôt une philosophie, le wabi sabi.

Le wabi sabi, c’est l’esthétique du temps qui passe, ou la mise en valeur des imperfections et des signes d’usure et de vieillissement comme une forme de beauté à part entière.

Comme tu l’as certainement compris, c’est un concept qui va totalement à l’encontre des codes esthétiques de notre société occidentale, qui prône la jeunesse, la perfection, le « lisse », les intérieurs identiques et stériles de monsieur et madame tout-le-monde…

Il y a quelques années, je préférais largement les choses neuves, bien propres et « lisses » justement, sans imperfections ni irrégularités, jusqu’à ce que je sois « frappée », en quelque sorte, par le wabi sabi qui m’a fait complètement changer ma perception et mon sens de l’esthétique au quotidien.

Dorénavant, je cherche en priorité les petites imperfections lorsque j’achète quelque chose: j’adore par-dessus tout la poterie japonaise par exemple, en particulier les pièces irrégulières, avec des taches, des marques, des petits trous…

Le wabi sabi n’est pas associé uniquement aux choses matérielles, loin de là, c’est une philosophie profonde qui s’applique à la vie toute entière, à la personne, à la nature, aux paysages…

Le wabi sabi, c’est une nouvelle façon de voir le monde, de percevoir la beauté dans l’irrégulier, la différence, l’usure, la patine, l’oxydation, et même les rides, les cheveux blancs et les petits « défauts » du corps…

C’est être proche de ses objets devenus de vrais compagnons au fil des ans, patinés par l’utilisation quotidienne, c’est s’aimer dans le miroir peu importe le nombre d’années qu’il nous renvoie...

Je vous laisse avec l’extrait suivant sur le wabi sabi, issu du livre L’Art de l’essentiel, de Dominique Loreau.

« La patine du temps n’est pas une nature morte. Ces objets sont pour moi des îles de repos où l’âme va, par instants, puiser quelques pensées cachées de sérénité. » Fabienne Verdier, Passagère du silence

Le wabi sabi est une esthétique raffinée élaborée autour de tout ce qui est usé, vieux, patiné, usagé. C’est l’amour de l’ancien et le rejet du clinquant, de l’ostentatoire, du côté « nouveau riche »,de la virtuosité des fabricants s’évertuant ) nous éloigner de tout ce qui est naturel et nécessaire intérieurement, à savoir la vie, et rien d’autre. C’est vers le XVe siècle que les maîtres de thé japonais fondèrent ce mouvement visant à revenir à une pratique de cet art qui avait été trop influencée par la Chine et son faste. Selon eux, les mots ne peuvent tout exprimer et, comme le zen, le wabi sabi n’est pas quelque chose qui se saisit par l’intellect. Ils voulaient revenir à un mode de vie détaché de la richesse, de l’argent qui apporte bien souvent ennuis, peurs et angoisse. Le wabi sabi, c’est choisir une pauvreté qui est l’absence de possessions inutiles au profit d’autres, qui sont, elles, riches de sens. C’est savoir apprécier ce qui est transitoire et flottant, se contenter de choses simples. C’est le contraire des produits en plastique dupliqués en série car l’original, par définition, ne peut être copié. Dépôts de rouille, vert-de-gris d’un vieux cuivre… le wabi sabi en fait des artistes mettant en évidence le caractère temporel des choses et leur mutation constante. Il a fait du temps un maître qui accomplit une oeuvre en déposant sa patine.

« Le poids paisible des choses, le couvercle qui chantonne sur la bouilloire, le poème qui pend le long du mur, la vapeur qui embrume les laques lisses, l’eau qui tombe en murmurant sur le thé. » Werner Lambersy, Maîtres et maisons de thé

De nos jours, le wabi sabi rejette la culture de l’excès, le trop de graphismes sur les paquets de céréales, les boîtes de cd, les bricoles, les magazines, et les décorations bon marché. Le wabi sabi, ce sont les prémices de l’automne, un horizon rural de lignes estompées et déficientes, de champs labourés, d’oiseaux bruns en quête de nourriture dans les feuilles d’automne. C’est un fauteuil en bois fait à la main, un fauteuil simple, vrai, bien droit, sans fioritures, fonctionnel et pourtant plein de raffinement, un fauteuil portant une patine aux tons chaudes riches que le bois acquiert avec le temps, un fauteuil qui apporte du plaisir à chaque fois qu’on le regarde, qu’on le touche, qu’on s’y assoit. Une bobine de fil, une aiguille, une cuillère en bois, un pain de savon, un balai, un jean, un crayon de papier… ces objets intemporels ont été inventés il y a plus de cent ans. Et ce sont pourtant eux qui nous apportent le plus. Le wabi sabi, c’est la beauté de ces choses qui semblent ignorer le temps: des parquets et escaliers anciens, des cuirs, des céramiques, des pierres, des métaux patinés, des tapis élimés, des pierres recouvertes de mousse, des feuilles de papier jauni, une théière culottée, une poêle en fonte noir suie à force d’emplois répétés, une bougie blanche aux traînées coulantes. C’est tout ce qui porte la marque du temps, tout ce qui n’est pas mort dans l’uniformité. C’est l’unicité des objets, leur histoire. Inutile de préciser que l’esthétique du wabi sabi exclut le trop! Posséder trop d’objets wabi sabi serait contradictoire. Certains objets, pour l’histoire qu’ils portent en eux (votre histoire), sont passionnants: ce sont ceux que vous avez le choix de garder. Les autres peuvent disparaître de votre univers. La richesse du wabi sabi suffit.

Et toi, connaissais-tu le wabi sabi?

Aime-tu cette définition et cette vision de la beauté, de la vie? A ton clavier!

2 commentaires sur “Wabi Sabi: l’esthétique du temps qui passe

  1. Coucou !
    J’ai découvert le terme de cette manière de voir les choses en lisant ce même livre.
    J’aime avoir à mes côtés des choses qui ont déjà « rouler leur bosse ».
    J’ai un petit bol pour la soupe, celui que j’avais enfant lorsque j’allais en vacances chez mes grands-parents.
    C’est peut-être bête à dire, je me sens connectée à eux, à ce que l’on partageait durant ces moments et cela me donne toute cette assurance en la vie présente. Mes racines sont bien ancrées et sont solides.
    Cette beauté des choses, de la vie est nécessaire à mes yeux.
    Merci Lili
    Des bisous

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    1. J’adore ce commentaire… Moi aussi je ressens cette connexion avec certains de mes objets, ils me sécurisent, m’apportent du réconfort, de la joie, du bien-être, alors je te comprends, et non ce n’est pas bête du tout…
      L’ancrage passe aussi par les choses matérielles, choisies avec soin et intelligence.
      Merci pour ce beau commentaire, pour ce beau témoignage, j’adorerais voir ton bol… j’adore les bols! Surtout les japonais… 😀
      Mille bisous

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