Une histoire de Noël, de sucre, de fragilité et de journal

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les histoires.

J’adorais qu’on me lise de belles histoires lorsque j’étais petite, pour m’endormir et oublier les grosses bêtes effrayantes qui m’épiaient derrière la porte de ma chambre, ou pire, qui se cachaient sous mon lit et attendaient que l’on éteigne la lumière pour me gratouiller les jambes avec leurs longs doigts griffus…

J’ai toujours eu très peur du noir, même aujourd’hui, car alors mon imagination s’enflamme et tour à tour j’imagine des bêtes monstrueuses dans ma maison, qui me voudraient du mal, et parfois je vois des flashs de mon passé qui me provoquent d’horribles crises de larmes et des insomnies sans pareille.

En ce moment je suis plongée en pleine mélancolie, c’est pourquoi je parle de souvenirs d’enfance, de choses du passé aujourd’hui.

Les magasins commencent à parler des fêtes de Noël, ce que je trouve un peu absurde le 15 Octobre, mais malgré moi j’y pense.

Je me rends compte que je n’ai quasiment aucun souvenir heureux de mes Noël. Je me rappelle de ma joie sans nom lorsque je décorais le sapin. Toute cette lumière et ces paillettes me plongeaient dans un univers parallèle et magique, empli de joie et de bonheur.

Je me rappelle de très beaux cadeaux que j’ai eus puis je me rappelle de tout le négatif avec un pincement au coeur un peu plus fort que ce que je voudrais sincèrement ressentir au fond de moi.

Ma crise d’asthme qui m’a conduite à l’hôpital après m’être amusée à prendre les guirlandes multicolores poussiéreuses pour des écharpes de princesse de contes de fées.

Ma maman qui est partie travailler à 20h30 (infirmière de nuit à l’hôpital) un soir de réveillon.

Les horribles disputes, les déjeuners ennuyeux, stressants et interminables le 25, ma peine et ma détresse face à ces adultes haineux qui se déchiraient quasiment chaque année.

Les cadeaux pas emballés, avec les prix, les cadeaux à côté de la plaque, non pas pour le fond, mais pour la forme: ne méritais-je pas un joli paquet et un cadeau qui me plaise?

J’ai toujours trouvé cela si méprisant d’offrir des choses « à l’arrache » histoire de se dédouaner et de se déculpabiliser de ne pas avoir pris le temps de réfléchir et de faire un vrai cadeau à la personne. Je préfère ne pas avoir de cadeau du tout qu’un cadeau bâclé. Pour moi qui accorde beaucoup d’attention aux détails, en tout cas c’est important.

Pardonnez-moi si vous trouvez que je chipote pour pas grand chose.

Pour moi, vraiment, tout cela forme un tout qui a une importance capitale.

Cette année, j’ai décidé de m’offrir un beau Noël et même d’assumer mes envies de « consommation spéciale fête » (le tout raisonné bien entendu), mais je crois que j’ai autant besoin qu’envie d’instaurer des rituels et des fêtes joyeuses dans ma vie, car lorsque je regarde derrière moi, je vois un océan de larmes qui laisse des traces tenaces dans mon esprit.

J’ai tellement pleuré, tellement été seule, malheureuse, désespérée, qu’aujourd’hui je décide de me faire du bien.

Alors oui cette année Noël sera joyeux, festif, et je vais me faire une déco qui me ressemble et me ravit, moi et la petite fille qui vit en moi.

A moi les paillettes, les bougies et autres jolis éclairages, les décorations en verre, les petits animaux en bois à la scandinave avec beaucoup de décors naturels, végétaux et boisés…

Pour une fois, je veux m’autoriser à me laisser aller avec les objets.

Bref, nous verrons ici en temps voulu, ce n’est pourtant pas l’heure des décorations de Noël!

Revenons à nos moutons si vous le voulez bien, ou plutôt, revenons au titre de cet article.

Noël, c’est fait.

Je vais vous parler de cette histoire de sucre maintenant. En fait, il y en a plusieurs, totalement différentes.

La première la voici: il y a quelques semaines, et depuis c’est arrivé plusieurs fois, où alors que je venais de me faire mal (comme me cogner le coude dans un coin de meuble, ou l’orteil dans un pied de la table basse… aïe), mon chéri se précipitait pour me demander si ça allait, et dans sa voix j’avais l’impression d’avoir eu un accident bien plus grave que la réalité.

A la fois amusée et froissée, je rétorquais que je n’étais pas en sucre et que je ne me cassais pas si facilement, mais permettez-moi d’opposer aujourd’hui une objection à cette déclaration, car aujourd’hui elle me donne les larmes aux yeux.

J’ai envie de dire à la face du monde, même si finalement peu de gens lisent ce blog mais tant pis, que si, aujourd’hui, je considère que je suis en sucre.

Et si je me casse facilement, trop facilement même.

Pourquoi? Parce que je suis hypersensible et que je suis épuisée de devoir jouer la comédie pour ne pas assumer cette hypersensibilité que beaucoup ne comprennent pas ou prennent pour de la comédie.

Oui je suis en sucre, oui un rien me blesse, me fait pleurer, m’irrite, me mets en colère, m’écorche même parfois à vif. Des remarques, des mots, des gestes, des regards, des choses entendues ou lues peuvent me plonger dans le plus profond désespoir, ou dans le bonheur le plus intense.

Mes émotions sont de vraies montagnes russes, et cela peut se voir sur ce blog. Un jour ça va, le lendemain c’est une ambiance apocalyptique qui règne.

Cela inquiète parfois mes amies les plus chères, les plus proches et je le comprends, mais c’est une façon d’être qui pour moi a toujours été acquise, je fonctionne comme ça, et je m’en remets toujours, peu importe la gravité de mes problèmes.

Oui l’autre jour j’ai failli me tordre la cheville pour éviter un insecte qui passait au dernier moment sous ma chaussure, oui aller en centre-ville me donne envie de pleurer à cause du bruit des gens, des voitures, des musiques d’ambiance, des cris, des klaxons, des chiens qui aboient.

Je rentre chez moi épuisée, comme si j’avais couru trois marathons d’affilée, tremblante comme une feuille et n’aspirant qu’à me blottir dans mes couvertures, au calme, lovée dans les bras réconfortants de mon chéri.

Oui je suis sensible aux mots prononcés, aux formulations, aux odeurs, aux sons. Je pleure parfois d’épuisement quand il y a trop de bruits autour de moi, je m’énerve quand je ne me sens pas respectée dans mes besoins, en particulier mon besoin de solitude et de silence, je ne supporte aucune intrusion d’aucune sorte dans ma vie, que ce soit que l’on fouille dans mon portable, que l’on rentre dans ma pièce ou que l’on me prenne mes affaires.

Je n’ai pas un caractère très facile, la larme omniprésente mais aussi le sourire jusqu’aux oreilles juste parce que je vais voir une pie se poser dans mon jardin.

Je peux rire aux éclats et pleurer comme une madeleine dans un intervalle de quelques minutes, et je m’en accommode de plus en plus facilement aujourd’hui parce que je me rends compte que même si cela peut parfois passer pour de la faiblesse, je crois surtout que mon hypersensibilité, ce caractère à fleur de peau, ce souci constant du détail, de la précision, du geste, de l’harmonie et de l’esthétisme dans mon quotidien sont ma plus grande force connue à ce jour.

Enfant surdouée rattrapée par les souffrances de la vie, j’ai construit de mes propres mains un château pour me protéger des méchancetés du monde, de la barbarie des adultes qui font mal, blessent et piétinent l’innocence des plus fragiles. Un château construit à base de cartes, c’est tout ce que j’avais en main à l’époque, et les méchants sont passés à travers les trous et les courants d’air. Ils ont détruit mon château, ne laissant que des ruines.

On m’a fait du mal au-delà du concevable, on a souillé mon corps, mon coeur, mon esprit, on a même tenté de me tuer l’année dernière, on m’a humiliée, rabaissée, parce que justement j’étais différente, dans mon monde.

Aujourd’hui, grâce à l’aide d’une équipe formidable, je reconstruis mon château, tout doucement, avec des matériaux solides et durables, le problème, c’est qu’il faut tout reconstruire à partir des fondations et que cela prend du temps.

Ces dernières années, j’ai vu filer le temps, puis j’ai cru qu’il s’était figé lorsque je comptais mes minutes d’enfermement lorsque j’étais en clinique psychiatrique. Les jours où j’oubliais un peu trop qui j’étais, défoncée aux médicaments, plus proche du zombie que de l’être humain, je répétais, de peur d’oublier « je m’appelle Alice, je m’appelle Alice, je suis née le 4 Février et j’aime la pluie ».

A ce moment-là, j’avais peur de ne me rappeler plus que de cela, mon prénom, ma date de naissance et mes conditions météorologiques préférées. Je ne pouvais plus ni lire ni écrire, j’avais constamment un goût de cendre dans la bouche, le goût de la mort, je me sentais morte et anéantie.

Ne plus pouvoir écrire me rendais folle, je prenais mon stylo, mon carnet, je décapuchonnais mon stylo, je posais la plume sur le papier, et j’attendais.

Puis je me mettais à pleurer de désespoir, devenue muette sur l’immensité d’un papier qui semblait n’attendre que mes mots, qui semblait ne vouloir recueillir que mes simples pensées de petite humaine au fond du trou.

Les infirmières arrivaient, me donnaient un calmant et s’en allaient, me laissant seule dans ma chambre, repliée dans mon fauteuil, scrutant les arbres au loin sur les collines.

Oui je suis en sucre. Oui j’ai aussi concrètement des problèmes avec le sucre. Boulimie de sucre. Rage de sucre, rage de réconfort. Hypoglycémie aussi sévère qu’inexpliquée.

J’ai frôlé le coma diabétique lors de mon hospitalisation en Février 2017.

Je n’ai pourtant aucun problème de diabète. J’ai été mise sous contrôle à l’hôpital, aucun souci.

Je continue à avoir des problèmes violents de sucre dans les moments de stress intense, dans les moments d’introspection trop brusques, et tout se précipite en moi; j’ai l’impression que je vais tomber, j’ai des vertiges, des palpitations, je transpire, je deviens pâle comme un matin d’hiver.

Un coup de sucre et ça repart, tout va bien, comme si rien ne venait de se passer.

Je suis une bizarrerie médicale, une énigme pour les psy qui se sont tous cassés le nez sur moi et mes problèmes. D’où vient votre mal-être Alice?

De trop d’origines différentes, vous ne pouvez pas comprendre l’incompréhensible. Vous ne pouvez pas comprendre l’acharnement sur ma petite vie de simple mortelle. L’enfant surdouée et hypersensible s’est pris les pieds dans le tapis, puis elle a été abandonnée, mise de côté, comme un jouet qui perd de son attrait. Pantin manipulé désarticulé. Poupée qui pleure et qui crie « Au secours regardez-moi, ne me laissez pas toute seule, j’ai peur toute seule… j’ai peur dans le noir de la vie, dans le tunnel de cet enfer qu’a été ma vie jusqu’à il y a quelques mois encore. »

J’ai cru mourir des milliers de fois, non pas de problèmes ou de causes physiques, mais bien de chagrin ou de peur, parfois et même souvent les deux en même temps.

J’ai perdu et retrouvé l’espoir un nombre incalculable de fois, et aujourd’hui je suis en mesure de dire que la vie est belle, même si elle est difficile, même si je sens les fantômes du passé caresser mes épaules avec une insistance glaçante.

Oui je suis en sucre parce que je suis trop sensible, mais je suis une variété spéciale de sucre parmi les sucres… je suis un sucre résilient, aussi fragile que costaud, et ne vous étonnez pas de mes problèmes de poids parce qu’il faut avoir le dos large pour encaisser les coups du sort, il faut des cuisses fortes et un gros ventre pour se protéger des agresseurs sexuels.

C’est une question de survie encore aujourd’hui, dans ma tête, que d’avoir ce poids en trop, voilà la raison pour laquelle il ne s’en va pas.

Avec les médicaments pris jusqu’à la quasi overdose en 2017 et mon stress intense, j’ai perdu toute ma capacité de concentration.

Je fais répéter sans arrêt les choses aux gens.

Alors maintenant j’ai décidé d’assumer et de noter les choses pour m’en rappeler.

Les dates d’anniversaire de mes amies par exemple, ou leur couleur préférée.

Parfois on me taquine, et même si ce n’est pas méchant, cela pique mon coeur parce que c’est une situation qui me fait souffrir.

J’ai la capacité de concentration d’une feuille morte, raison pour laquelle je limite au maximum mes échanges avec les gens, parce que je ne veux pas passer pour une égocentrique ou une égoïste, c’est juste que je suis incapable de me concentrer sur autre chose que mes pensées.

Pourquoi?

Cela a été nommé il y a quelques jours.

Cela s’appelle « stress post-traumatique », ce qui engendre une mobilisation totale de mon énergie physique, intellectuelle et émotionnelle pour essayer de gérer et refouler au mieux tout ce qui gangrène mon cerveau.

Je suis parfois épuisée après avoir lu un chapitre de livre, ou épuisée d’avoir marché un kilomètre à petits pas.

Je suis épuisée de suivre une conversation simple car cela me demande une énergie que je n’ai pas.

Je suis épuisée de lire des blogs, et pourtant j’aime vous lire, mais je n’ai que très rarement la force de commenter. Même répondre à vos commentaires est parfois difficile.

Mais la bonne nouvelle, c’est que cela peut revenir, ma mémoire peut revenir si je me débarrasse en douceur de ce stress post-traumatique.

Si j’y arrivais, j’aimerais reprendre des études.

De quoi, je ne peux pas vraiment vous le dire puisque tant de choses diverses et variées m’intéressent.

On me promettait les plus grandes écoles avec mes capacités, je devais sauter des classes, j’avais d’excellentes notes puis du jour au lendemain, j’ai baissé les bras alors que j’aimais tant apprendre, même si j’avoue que j’aurais préféré apprendre autre chose que ce qu’on enseigne à l’école.

N’y aurait-il pas une école de poésie où l’on apprendrait également l’ornithologie et la botanique? 😘

Petit sucre deviendra grand.

Qui sait, je deviendrai peut-être un magnifique caramel dur si l’on m’arrose un petit peu?

 

Ce blog, c’est ma parenthèse aérienne, moi le verseau constamment dans les nuages…

« Lili, Lili t’es là, tu m’écoutes? »

« Hein? Euh oui pardon, je regardais le nuage en forme de lapin, tu l’as vu, juste ici? »

Sans ce blog, sans mes innombrables carnets, sans toutes ces cartouches d’encre vidées au fil du temps, je pense que mon esprit se serait délité, et je pense qu’à l’heure actuelle je ne serais même plus en état d’avoir un dialogue simple avec qui que ce soit.

Si vous voulez me détruire, enlevez-moi tout support propice à l’écriture, mais je sais que vous ne le ferez pas.

Je veux juste aujourd’hui donner la part belle à des articles sur mes pensées, comme celui-ci (peut-être pas forcément aussi longs, mais cela dépendra du volume de ce que j’ai à dire!) et laisser de côté les articles plus pratiques, me laisser aller à ce qui me fait vibrer, partager avec vous les plus belles citations que je trouve dans mes livres préférés, et surtout, surtout, ne pas sombrer dans l’écriture commerciale et marketée, à base de sponsors et de rémunérations qui tueraient à même l’oeuf la spontanéité et la fraîcheur de mes propos.

Je suis bien comme ça, je suis bien comme je suis, qui m’aime me suive, qui ne m’aime pas s’en aille voguer librement vers d’autres cieux, le monde est veste et contient tout ce qu’il faut pour contenter chacune des âmes qui le peuple.

A toi petit blog, je change ce soir ton nom.

Te voilà officiellement devenu mon journal, journal que je partage au monde, à qui voudra me lire et faire un bout de chemin avec moi.

Tu es bienvenu(e) si mes histoires te plaisent, si mes écrits te touchent.

11 commentaires sur “Une histoire de Noël, de sucre, de fragilité et de journal

  1. Ton article était tellement touchant et profond… Sache que je suis heureuse de faire parti de ton lectorat et que ton blog est un de mes préférés 😘.
    Je te souhaite de surmonter ton passé et d’être heureuse, toi qui est si douce.

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    1. Tu es tellement adorable et gentille! Tu sais je lis tous tes articles moi aussi (même si je ne commente quasiment jamais, je te lis tout tout tout!). Gros bisous! Et merci pour ton soutien 🍁🙏🏻🐿🦊

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  2. « Petit sucre deviendra grand » ❤
    Tu écris merveilleusement bien petite Lili, et je te rejoins au pays des petits sucres. Meme si souvent on parait fortes aux yeux du monde, que quelqu'un reconnaisse et accepte de s'occuper de notre facette de sucre trop friable est vital.
    Je t'embrasse et te souhaite un bel avenir de caramel!

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    1. Tu es tellement mignonne que je ne sais pas quoi dire d’autre que MERCI pour ton adorable message. Le petit sucre te fais plein de bisous et pense fort à toi 💛

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  3. Tout ce que tu écris me touche beaucoup, même si mon parcours est différent je me reconnais dans l’hypersensibilité et la difficulté à être avec les gens.
    Cette année moi aussi j’ai décidé de passer un merveilleux Noël et de prendre soin de moi. Les dernières années ont été difficiles, j’ai envie de tourner la page de tout cela.
    Et je ne veux plus faire plaisir aux autres : les hommes de ma vie n’aimaient pas Noël, on ne décorait jamais, on ne faisait jamais rien de spécial, et ça me peinait parce que moi j’aime bien la magie de Noël. Je m’adaptais et je m’effaçais derrière les désirs des autres. Alors cette année, je suis célibataire, et j’aurais des décorations, un sapin, des santons, un calendrier de l’Avent, je cuisinerai pour moi, je ferai des cartes de voeux en papier découpé, et je prendrai soin de moi. Et je m’y prendrai à l’avance !
    Voilà. Et toi aussi tu mérites de prendre soin de toi et de passer un merveilleux Noël, même s’il est un peu tôt pour y penser 🙂

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    1. Coucou, je te souhaite le plus magique, merveilleux et formidable des Noël, tu le mérites tellement! Fais-toi plaisir, prends soin de toi, mange ce que tu aimes et ne laisse personne gâcher ton plaisir. Je t’embrasse, merci pour ton gentil message 💛 (et accessoirement j’essaie de t’écrire un mail bientôt, je ne t’ai pas oubliée au contraire!)

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