Un trop-plein de bagages, un vol d’oies sauvages et des toiles d’araignées

Cher journal,

Je voulais t’écrire hier, mais je n’ai pas arrêté de la journée, j’étais dans la phase maniaque de la dépression comme mon infirmière me l’a expliqué l’autre jour, celle où j’ai l’impression de pouvoir décrocher les étoiles et déplacer des montagnes en même temps.

Je me suis couchée épuisée, avec des douleurs partout tellement j’ai travaillé, et pourtant impossible de dormir.

Je déteste les insomnies, mais bon je ne suis pas sûre que qui que ce soit sur Terre les apprécie!

Ce matin je me suis levée tard, pour rattraper mes heures de sommeil manquées de la nuit, et je n’ai pas la moindre énergie pour faire quoi que ce soit dans la maison, je ne veux qu’écrire, écrire jusqu’à l’épuisement, écrire jusqu’à l’ivresse.

Hier matin, j’ai eu l’immense bonheur de voir passer un petit groupe d’oies sauvages juste au-dessus de la maison, elles volaient plutôt bas comparé à d’habitude, et je me suis régalée.

Impossible d’enlever le sourire qui s’était collé sur mon visage, et puis leur petit cri me transporte de joie. J’espère en revoir bientôt car c’est un spectacle de Dame Nature dont je ne pourrai jamais me lasser.

En ce moment, je suis très repliée sur moi-même, je ne sors plus, je ne veux voir personne, mais je me sens bien comme ça, c’est un choix et non une contrainte que je m’inflige.

J’ai commencé ma nouvelle thérapie il y a dix jours, et grâce à ma thérapeute formidable, j’ai pris conscience de mon trop-plein de bagages émotionnels, bagages d’ailleurs qui ne m’appartiennent même pas, ce qui m’invite à une profonde introspection et une volonté farouche de faire le vide autour de moi.

Le vide des personnes toxiques, le vide des gens qui me blessent, me stressent, m’égratignent; rien que le fait qu’ils soient dans ma vie, même s’ils ne disent rien, me fait mal.

Je ne veux plus de ces bagages, je veux voyager léger.

Je n’ai plus d’appétit parce qu’en fait, j’ai compris des choses et je n’ai plus envie de m’anesthésier avec la nourriture, j’ai besoin d’une grande lucidité pour accomplir les exercices liés à ma thérapie, et avancer sans me soucier des remarques autour de moi.

Hier donc, dans ma folie de ménage, je me suis attaquée à mon rez-de-chaussée, ce point noir de la maison qui me hante et que je me suis promis d’avoir parfaitement mis en ordre et nettoyé d’ici la fin de l’année.

Il faut que je t’explique. Ma maison est à l’étage, et le rez-de-chaussée est une sorte d’immense garage qui fait la surface de la maison, soit environ 75m2.

Le problème d’un garage si grand, c’est que c’est merveilleusement invitant pour stocker plein de trucs et de machins, comme ces choses dont on s’occupera « plus tard », qu’on jettera « un jour, etc.

Ma maison, elle, est parfaitement désencombrée, je ne trouve plus rien à enlever pour me sentir bien, excepté un livre de temps en temps, mais ce rez-de-chaussée c’est une autre paire de manches.

En Feng-Shui, une science chinoise ancestrale de l’agencement, les greniers, caves et garages sont souvent assimilés à la clarté mentale, c’est-à-dire que ces espaces dits « de stockage » reflètent ce qui se passe dans notre esprit.

Autant vous dire que le désordre, les toiles d’araignées et les choses à jeter ne reflètent pas un mental clair et limpide en ce qui me concerne.

Avant-hier, après ma séance de thérapie, cela a fait tilt.

En prenant conscience de mon encombrement « psycho-génétique » hérité de ma famille, j’ai compris que ce rez-de-chaussée sans dessus-dessous était la manifestation physique de mes « toiles d’araignées mentales », et je n’en veux plus.

Mais alors plus du tout, c’est une vraie révolte intérieure teintée d’une certaine colère, un mélange de deuil et de soulagement, de lâcher-prise qui me permettrait enfin de poser le paquetage que j’ai sur les épaules et de dire, haut et fort:

« Tenez mes ancêtres, je vous rends vos valises, j’ai les miennes à porter et ça me suffit amplement. »

Ma mission de fin d’année: me débarrasser des fantômes de ma vie, autant physiques que mentaux. Mettre fin à l’épidémie de souffrance qui me gangrène depuis mon enfance, tourner toutes les dernières pages de ce vieux roman défraîchi et le balancer à la poubelle sans le moindre remord.

Pour terminer sur une note légère et joyeuse, le temps se rafraîchit beaucoup, les jours ont bien raccourci, j’ai eu le droit à ma première journée complète de pluie et je suis aux anges.

Bientôt sera venu le temps d’offrir aux oiseaux du ciel de la nourriture pour les jours froids de l’automne et de l’hiver, et de me régaler pendant des heures de ce ballet aérien derrière ma fenêtre.

Je crois que c’est l’un de mes plus grands bonheurs, et de très loin: entre leurs chants mélodieux, joyeux et cristallins et la beauté de leur plumage et de leurs petites pattes, mon coeur chavire…

Oh, j’oubliais!!! Bonne route les oies, portez-vous bien 💛

2 commentaires sur “Un trop-plein de bagages, un vol d’oies sauvages et des toiles d’araignées

  1. Bravo pour ce courage à trier et désemcombrer ton rez.
    J’ai un souci avec ma chambre chez ma mère, je n’arrive absolument pas à la ranger (je m’y essaie mais pas moyen qu’elle reste en ordre) pourtant ma chambre chez moi, je déteste qu’elle soit en bazar. Je sais qu’un pièce encombrée est synonyme d’esprit encombré mais j’ai pas encore trouvé le déclic. Chapeau à toi et bonne continuation 🙂

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