Un (énorme) soupçon de mauvaise foi, de l’argent et mon amour des oiseaux

Cher journal,

Hier, j’ai eu un nouveau rendez-vous avec ma super infirmière, Vanessa.

On a bien discuté et j’avance bien avec elle dans le sens où elle me fait vraiment réfléchir sur ma vie, mon quotidien, et m’encourage à être bien plus tolérante et bienveillante avec moi-même.

Ah je crois que j’ai oublié de te raconter pourquoi je vois une infirmière. Tu sais déjà que je suis en Affection Longue Durée (ALD) pour ma dépression, et ce jusqu’en 2022.

De fait, je ne travaille pas et touche donc le RSA.

C’est parce que je touche le RSA et que je suis en ALD que j’ai le droit d’avoir un suivi thérapeutique gratuit à mon domicile, suivi assuré par une infirmière et une psychiatre, chacune venant me voir une fois par semaine pour m’aider à m’en sortir.

En plus de ces deux personnes, j’ai un suivi trimestriel par une assistante sociale.

Je fais partie des personnes décrites par mon département comme étant « en grande précarité financière et émotionnelle« , ce que je ne trouve pas forcément très flatteur comme appellation, mais après tout c’est la vérité.

Comme le dit mon assistante sociale: « ce sont des gens comme vous que l’on ne doit surtout pas perdre de vue ».

Ces trois personnes qui me suivent sont de véritables amours tellement elles sont douces, gentilles et compatissantes, et je suis surprise de tant de bienveillance dans le monde médical, car jusqu’à présent, j’ai surtout été habituée au contraire.

L’autre grande nouveauté, c’est que j’ai eu le droit total de refuser un traitement psychiatrique au début de cette thérapie, ce que j’ai fait. Je ne me suis pas sortie de l’addiction aux médicaments pour recommencer à en prendre, ça va pas la tête!

Du coup, j’ai un suivi, mais sans médicaments, et ça me convient très bien.

Donc voilà pour le résumé de la situation, je pense que tu y vois plus clair maintenant.

Hier, je me suis rendu compte après mon rendez-vous que j’avais fait preuve de mauvaise foi avec mon infirmière.

Nous parlions de mon alimentation, du fait que j’avais commencé à faire la cuisine, des plats sains, et que j’avais tout arrêté ce mois-ci faute d’argent pour faire des courses équilibrées.

Je lui ai donc dit que je mangeais un peu comme avant ma résolution de cuisiner, et essentiellement des plats à base de pâtes.

Hier soir, je suis allée faire des courses, c’était prévu et je ne voulais rien acheter pour ne pas crever mon budget.

En rentrant avec les courses, je les ai rangées dans les placards et j’ai regardé toutes ces petites choses que j’avais achetées aux courses d’avant, et j’ai ressenti un léger malaise.

Lorsqu’il s’agit d’acheter des cochonneries pour grignoter, des petits trucs tout sauf sains qui, cumulés les uns aux autres forment un joli pécule, j’ai étrangement de l’argent, mais pour acheter des légumes et des fruits frais, il n’y a bizarrement que des toiles d’araignées dans mon portefeuilles….

Après cette réflexion, étant donné que mon infirmière m’avait dit le matin même que je devais être plus indulgente avec moi-même, je me suis quand-même dit que ces grignotages ne sont pas un plaisir mais un besoin pour dissimuler une souffrance quotidienne, et donc que ce n’était pas non plus une raison de me flageller pour ces achats « vides ».

Cela m’a donc plutôt amenée à réfléchir sur mon estime de moi-même. Pour ce qui est du contenu de mon assiette, c’est dur de m’offrir des choses de qualité, de bons légumes ou des aliments sains et savoureux.

Il y a un refus profond de nourrir mon corps correctement, même si je m’y emploie le plus souvent possible.

Autant je soigne mon apparence, mon look et mon visage, plus par souci du regard des autres que par réelle estime de moi-même, autant tout ce qui ne se « voit pas », c’est à dire tout le reste de mon corps et ce que je mets dedans, je le néglige le plus possible.

J’ai le corps criblé de marques, de cicatrices, de petits boutons, une vilaine peau, je ne suis jamais correctement épilée, et chaque jour je me dégoute, et chaque jour je me néglige parce que je me dégoûte.

C’est un cercle vicieux. Parfois je m’écarte un peu du chemin et je fais quelques efforts, avant de retomber dans mes vieux travers.

Tu pourrais croire que je m’apitoie sur mon sort mais il n’en est rien, j’ai juste besoin d’en parler aujourd’hui. Il y a tellement pire que moi sur la planète, pourquoi pleurnicher sur soi?

Je préfère sacrifier mon budget courses pour m’offrir des plaisirs comme des DVD, moi la fan de bons films, et cacher ma détresse physique et achetant trop de produits pour soigner mon visage, tout simplement parce que je suis en souffrance.

Je suis la première à constater que je gère mal mon micro budget.

Combien de personnes se lamentent, avec leur salaire d’au moins 1000€, de ne pas pouvoir joindre les deux bouts?

Comment font les gens comme moi qui ont à peine plus de la moitié de cette somme? Ils font des choix, ils se débrouillent, parfois ils font des sacrifices, mais je ne me sens pas malheureuse dans cette configuration financière.

Bien sûr, parfois j’aimerais être plus confortable à ce niveau, pour simplement être moins angoissée par le lendemain, mais quand je relativise je me rends compte que j’ai tout ce qu’il me faut. Un logement fantastique, au calme, avec un jardin, de quoi manger et boire, me laver et m’habiller, beaucoup de confort, un ordinateur, un accès à internet, et même plein de choses pour dessiner, écrire, lire, faire des photos… Franchement je suis loin d’être mal lotie.

Et puis, s’angoisser pour le lendemain, ce n’est pas vivre le moment présent.

Seul le présent existe. Et tac!

Ce dont je voudrais me débarrasser, c’est de cette « mésestime de moi-même » qui me pousse irrémédiablement à faire les mauvais choix, ou à dire « pas d’argent pour faire les courses » alors que j’ai dépensé quasiment tout mon budget dans des achats plaisir, tout simplement pour apaiser le démon qui me grignote et me blesse au quotidien.

Je ne suis pas irresponsable, je suis la première à me rendre compte de mes incohérences, cette peur de manquer alors que je ne manque déjà de rien, cette peur également d’avoir de l’argent, de mériter d’en avoir et de le garder pour mon confort et ma sécurité.

Je travaille actuellement là-dessus avec mon « équipe », et j’avance.

J’aimerais dire à tout le monde que nous devrions reconsidérer notre rapport à l’argent et nos véritables besoins, parce que je me rends compte que ce qui me rends vraiment heureuse n’a pas de prix, ne s’achète pas.

Ce que je remarque aussi, c’est cet éternel désir jamais assouvi. On désire quelque chose, on l’obtient, puis finalement on voudrait autre chose, et cela continue encore et encore.

Et si on apprenait à profiter de ce que nous avons déjà? J’ai de vraies merveilles chez moi, et je vais consacrer ma journée à les mettre à l’honneur et à les installer de manière à les intégrer à mon quotidien.

En ouvrant mon volet tout à l’heure, j’ai vu une huppe fasciée (photo) passer devant moi, j’entends actuellement de nombreux oiseaux chanter, comme s’ils chantaient le bonheur d’être en vie, et c’est un tel ravissement pour mon coeur que je n’ai envie de rien d’autre que de les écouter.

Pour cela, pas besoin de carte bancaire, juste de ressentir le moment présent et de laisser mes sens s’épanouir pour les écouter encore et encore.

J’aime tellement les oiseaux…💛

5 commentaires sur “Un (énorme) soupçon de mauvaise foi, de l’argent et mon amour des oiseaux

  1. Tu as beaucoup de chance d’apercevoir de si beaux oiseaux depuis ta fenêtre. Et tu as aussi beaucoup de chance de t’en apercevoir ☺
    Profite de tous ces petits moments magiques de pur bonheur. Ça fait du bien. C’est ce que j’essaie de faire aussi au quotidien.
    Pour l’argent, ce qui est bien, c’est de se forcer à épargner. Ne serait-ce que 10 ou 20 euros par mois. Au bout du compte, cela fait un petit pécule dont on peut être fière. ..
    Courage Lili et souviens-toi que nous sommes nombreuses à te soutenir pour trouver la voie du mieux-aller et du bonheur ☺

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    1. J’ai une chance incroyable et je suis emplie de gratitude d’avoir un jardin avec autant d’oiseaux dedans en plus!
      Tu es adorable, oui je me souviens chaque jour de tous vos mots si gentils, vos encouragements, votre présence, ça fait tellement de bien. Merci d’être là 💛
      Quel est ton petit bonheur du quotidien que tu apprécies le plus?
      Pour l’argent, je mets déjà un peu de côté chaque mois, c’est très gratifiant! 😀

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  2. Bonsoir ! Moi je trouve que tu as déjà beaucoup de recul sur toi-même et ton rapport à tout ça et c’est énorme déjà. Je suis très heureuse de lire que tu es bien accompagnée, avec bienveillance. Finalement ce sont deux points très importants et j’espère qu’ils t’apporteront le meilleur.
    J’en profite aussi pour rebondir sur ce passage :
    « J’ai le corps criblé de marques, de cicatrices, de petits boutons, une vilaine peau, je ne suis jamais correctement épilée, et chaque jour je me dégoute, et chaque jour je me néglige parce que je me dégoûte. » >> Je sais que c’est plus facile à dire qu’à s’en convaincre, mais les cicatrices et l’épilation, ça n’est rien de dégoûtant, c’est juste…nous quoi. Comme nous sommes. Et ce n’est pas se négliger que ne pas s’épiler 🙂

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    1. Coucou! Merci beaucoup pour ton message gentil et bienveillant. J’ai un long chemin à parcourir encore pour accepter mon corps tel qu’il est, avec ses défauts. J’ai une vision du corps en général très négative, et je t’avoue que pour moi les poils c’est vraiment un truc qui me bloque, mais j’essaie d’apprendre la bienveillance et la douceur. Chaque chose en son temps, je fais déjà des bonds de géant en ce moment je trouve.
      Merci en tout cas, ton message me fait du bien. Bisous

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