Une histoire d’exigence, de perfectionnisme et de résilience

Cher journal bis,

Me revoilà, j’avais de nouvelles choses à te dire!

Depuis ma plus tendre enfance je suis une personne très exigeante, en particulier envers moi-même, mais aussi envers les autres.

J’ai tendance à mettre la barre très haute, et je suis très perfectionniste, avec un sens du détail très poussé.

Je peux recommencer un geste (ou une photo, un dessin, une recette…) de nombreuses fois si j’estime qu’il n’est pas bien accompli.

Parfois je considère cette exigence comme une qualité, qui me pousse au meilleur de moi-même, mais par moment, souvent même je le vis comme un fardeau, car ma spontanéité est très vite étouffée par cette quête sans fin de perfectionnisme au quotidien.

Je suis un peu maniaque, je le reconnais également, mais j’apprends grâce à ma thérapie à comprendre et analyser la raison d’être de mes comportements.

Ma quête de pureté ne sort pas de nulle part, celle de la perfection non plus, de toute façon entendons-nous bien cher journal, aucun de nos comportements n’est dû au hasard, je suis sûre que tu le sais.

J’ai tellement entendu de critiques au cours de ma vie, des remarques du genre « ce n’est pas assez bien, tu pourrais faire mieux… » ou pire « ce n’est pas aussi bien que ton frère/ta cousine/ta copine… » et cela me faisait tellement mal au coeur, je voulais tellement plaire, faire plaisir et que les autres soient fiers de moi que je me suis poussée au maximum.

J’ai fait du zèle à l’école, je faisais tout pour me faire aimer mais les autres enfants me persécutaient à cause de mes notes et de mes différences au quotidien.

A la maison, ce n’était pas facile non plus, mais j’ai vraiment le plus souffert à l’école, de la petite section de maternelle à la fac…

Petit à petit mon estime de moi-même s’est affaissée, pour finalement être réduite à néant au point d’arrêter mes études, de me renfermer chez moi, repliée sur moi-même, incapable de sortir durant de longues années.

Aujourd’hui encore j’ai beaucoup de mal à sortir, voir des gens, et ça ne m’intéresse pas forcément, car je suis bien dans mon monde, dans mon petit univers.

En tant qu’hypersensible, je crois qu’il est de mon devoir de me protéger du monde extérieur, bien trop brutal et violent pour moi.

Je ne suis pas simplement plus sensible que les autres, j’ai réellement un degré de sensibilité très élevé, beaucoup trop par moment.

Ma thérapeute a parlé de haut potentiel, une personne avec une grande intelligence que je n’arrive pas à gérer et utiliser, parce que pour le moment je me bats encore avec « mes démons du passé ».

Nous avons parlé toutes les deux d’une possible reprise d’études lorsque j’irai mieux, ce qui ne me déplairait pas le moins du monde étant donné que j’adore apprendre, étudier.

Esprit curieux toujours en alerte, c’est plus fort que moi j’aime apprendre, comprendre, mais uniquement des sujets qui me parlent et m’intéressent.

Essayez de m’expliquer des phénomènes scientifiques et je ne pourrai rien assimiler, parlez-moi d’ornithologie, de poterie ou de culture japonaise et je serai toute ouïe 😉

Pendant longtemps j’ai voulu être art-thérapeute, mêler l’expression écrite et plastique à la psychologie me fascine.

Pourquoi pas quand j’irai mieux? Ayant fait un bac littéraire option arts plastiques, je ne partirais pas de zéro…

Mais je m’égare, pardon.

Mon besoin de perfection s’étend à tous les domaines de ma vie, et pourtant je ne réussis quasiment rien de ce que j’entreprends: plus je m’acharne et plus j’échoue, ce qui m’amène aujourd’hui au lâcher-prise, même si c’est un concept qui m’est extrêmement étranger et qui s’avère très difficile à appliquer, j’avoue!

Pourtant j’y vois là une merveilleuse opportunité de prendre un nouveau départ dans ma vie, en recommençant différemment à vivre, avec d’autres moyens d’action et de réflexion, avec une nouvelle approche des choses.

Plutôt que de vouloir être parfaite dans tous les domaines et ne rien réussir à cause d’une barre placée trop haute, j’apprends aujourd’hui petit à petit à fonctionner à l’envers: je me fixe des objectifs toujours plus petits et minuscules, et dans ce sens ça marche à merveille!

Quoi de plus motivant et valorisant qu’une succession de mini objectifs extrêmement simples à atteindre ? Pas de possibilité d’échecs, pas de déception, pas de dégoût ou de honte de soi, c’est parfait.

En ce moment, je suis focalisée sur ma thérapie, car j’ai conscience que c’est la seule chose à laquelle je doive consacrer mon énergie pour aller mieux et avancer, alors j’apprends à ne plus m’en faire pour le reste, qui de toute manière est secondaire.

Peu importe les soucis financiers, peu importe mon niveau d’étude ou de formation, peu importe mon poids et ma façon de manger, peu importe le nombre d’heures passées à dormir et la façon dont j’occupe mes journées, je fais de mon mieux et c’est déjà tellement énorme!

Il y a encore un an de cela je gobais les somnifères par trois ou quatre pour m’endormir, puis je me shootais aux anxiolytiques pour supporter la souffrance la journée. J’étais un vrai zombie incapable de tenir une conversation censée plus de cinq minutes, j’étais bloquée pour écrire, je passais mes journées à manger et à m’acheter des choses pour apaiser ma douleur.

Aujourd’hui je suis une thérapie deux fois par semaine, j’écris constamment, je m’occupe avec plaisir de ma maison et de mes plantes, je fais de plus en plus de cuisine, je rigole, je lis, je fais attention à mes finances, je me responsabilise et j’essaie d’être la plus bienveillante possible envers moi-même, dans la limite de mes capacités évidemment.

J’ai toujours autant de mal à me regarder dans un miroir, tout simplement parce que je ne me reconnais pas… cette fille grasse et molle, pleine de boutons et au regard inquiet ne me plait pas et je n’arrive pas à m’accepter telle que je suis aujourd’hui, c’est au-dessus de mes forces.

Cela me fait trop souffrir de voir à quel point ma vie a brisé et déformé mon corps, pourtant je n’ai que lui pour vivre ma vie, alors je dois bien apprendre à cohabiter, mais cela reste encore vraiment difficile, parce que je porte encore sur mes épaules le poids d’un passé très lourd à porter, empli de secrets, de tabous et de traumatismes qui, pour certains, m’empêchent parfois de dormir, car lorsque je ferme les yeux je revis la scène.

Je ne souhaite à personne de revivre une scène d’agression par étranglement lorsqu’il ferme les yeux pour s’endormir… pourtant, au petit matin, j’ai les idées claires et ma joie de vivre est au rendez-vous, même si je sais que je vais encore trop manger ou que ma séance de thérapie va être difficile.

J’ai beau être d’une grande douceur et très sensible, je suis aussi très résistante et solide, d’un matériau étrange, à la fois malléable à coeur et dur comme l’ébène.

Essayez de me briser au point de m’empêcher de me relever, je vous souhaite bien du courage.

Il faut des personnes de ma trempe dans le monde, pour donner de l’espoir aux autres: la vie trouve toujours un chemin, et peu importe la difficulté dans laquelle vous vous trouvez, il y a une solution, il y a une réponse.

Fermer les yeux, respirer profondément, sourire. Et avancer. C’est le seul choix que nous ayons.

Changerais-je quelque chose à ma vie si j’en avais le pouvoir aujourd’hui? Non je ne changerai rien, car j’aime la personne que je suis devenue grâce à ce vécu chaotique, et franchement ma vie me plait de plus en plus. Je ne crois pas au hasard, et dans un sens je suis heureuse d’avoir eu un départ difficile dans la vie, car maintenant les obstacles me semblent de plus en plus simples et faciles à franchir, comme si plus rien ne pouvait retenir ce flot de vie qui m’habite et qui ne demande qu’à jaillir de mon coeur lorsque les choses iront mieux dans mon coeur tendre.

A bientôt petit journal!

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