Du minimalisme à la simplicité: dix années de cheminement

Il y a dix ans, je rencontrai le minimalisme par l’intermédiaire de deux livres de Dominique Loreau, L’art de la simplicité et L’art de l’essentiel.

A partir de ce moment ma vie n’a plus jamais été la même, et j’ai commencé mon propre cheminement, avec une grande quantité d’erreurs et d’échecs qui m’ont au final faite grandir et amenée sur le chemin merveilleux sur lequel je me trouve aujourd’hui.

J’ai commencé (il y a dix ans donc, j’avais 18 ans tout juste) par un tri un peu hasardeux dans tous les domaines de ma vie.

J’ai enlevé beaucoup de vêtements et de livres, un peu de vaisselle et un certain nombre de bibelots.

Le problème, c’est que depuis toute petite j’étais très matérialiste et avais une forte tendance à l’accumulation, pour combler ma solitude mais aussi parce que j’avais cru ce que la société me susurrait à l’oreille, à savoir que consommer encore et toujours plus me rendrait heureuse.

Attention grande révélation: consommer encore et toujours ne rend absolument pas heureux, cela enchaîne et attache notre être à pléthore d’objets, et cela créé des problèmes à la chaîne dans nos vies. Ce n’est pas la bonne voie pour le bonheur!

Du coup, lorsque j’ai commencé à me désencombrer, j’avais toujours cet instinct de consommation pour palier à ma détresse et essayer d’être un peu heureuse dans cette vie chaotique qui était la mienne. D’un autre côté j’avais envie de devenir minimaliste car je trouvai le vide attirant.

J’ai donc mis en place (inconsciemment!) un système très étrange pour répondre aux paradoxes de mon cerveau: je désencombrai mes affaires puis j’en achetai de nouvelles, comme ça je n’avais pas l’impression de manquer, de me priver, et j’avais la sensation de faire le vide.

Ce n’est qu’au fur et à mesure de mes déménagements que je me suis rendu compte à quel point je n’étais pas minimaliste: tous ces cartons que j’emmenai avec moi montrait bien qu’il y avait un problème.

Ma santé mentale s’est lourdement détériorée au fil des années à partir de mes 20 ans, et je suis tombée en plein dans les achats compulsifs violents. J’ai aussi eu beaucoup d’animaux, je passais mon temps à acheter, ranger, trier, vendre, jeter, racheter, je ne m’en sortais pas.

Au bout du compte, désirant un intérieur dépouillé, j’ai fini par tout fourrer dans des cartons et à tout mettre dans mon garage, hors de ma vue.

J’avais donc un logement très vide, mais un garage plein à craquer.

Au fur et à mesure de mes déménagements et de mes changements de vie (et de compagnon!), je me suis tour à tour délestée puis réencombrée, j’ai cru que cela ne finirait jamais.

A 22 ans j’en ai eu marre de mes affaires, et je me suis débarrassée de quasiment tout.

Mauvais plan là aussi, puisque je manquais de tout: pas assez de vêtements, à peine de quoi me laver et de quoi manger. Je me privais volontairement du moindre achat, je reniais l’argent, je snobais la consommation en général, et j’étais malheureuse comme une pierre, frustrée comme jamais.

A 23 ans, je me suis retrouvée en Isère avec un nouveau crétin (euh pardon copain) et j’ai du emmener très peu de choses.

Il y avait tout en trop là-bas, et j’ai passé plus de trois ans à essayer de faire du tri et épurer la maison.

Lorsque j’ai eu terminé et que j’étais fière du résultat, le crétin-copain en question m’a dit de m’en aller.

J’ai perdu énormément d’affaires et d’argent dans ce nouveau déménagement, comme à chaque fois d’ailleurs.

Je suis retournée chez mes parents puis j’ai fait l’énorme bêtise de partir avec… je ne sais pas comment nommer l’être (non) humain qui a tenté de me tuer et a détruit ma vie pendant 9 mois et même après. Je n’ai jamais autant souffert de ma vie, et même sur le plan matériel.

Il me prenait tout mon argent pour payer les factures et le loyer, il ne me laissait rien et me remettait à ma place quand j’osais me rebiffer. Je n’avais aucune liberté, pas le droit de sortir, pas le droit d’avoir internet dans notre logement, je n’avais pas de quoi manger, je me nourrissais de riz blanc à longueur de temps, je passais mon temps à pleurer et à désespérer.

Puis, au comble du mal-être, il m’a fait donner toutes mes affaires pour que j’arrête de me comporter « comme une enfant capricieuse » et pour que j’expérimente la pauvreté.

Il m’a emmenée de force dans le Var, sa région natale, et une semaine après notre arrivée il m’a fait interner sous contrainte en clinique psychiatrique où je suis restée 3 mois. Il a disparu de ma vie à ce moment-là, avec toutes mes affaires. Je n’avais que mon carnet, mon stylo, deux livres, ma trousse de toilette, un jean, un pull, une veste et deux t-shirts.

A peine sortie de ma prison psychiatrique, il est revenu dans ma vie et je ne sais pour quelle raison inconcevable je me suis remise avec lui, et j’ai de nouveau tout perdu.

Mon argent, mes livres, mes chaussures, puis des choses plus graves comme ma dignité, mon amour-propre. Il a aussi failli prendre ma vie le 28 Juin 2017 en tentant de m’étrangler pendant plus de trois heures, jouant à m’étrangler puis à desserrer son étreinte durant tout ce temps. Il en a finalement eu marre de jouer et m’a laissée partir, ce que j’ai fait à toute vitesse malgré l’horreur de la situation.

Dans un moment pareil, le cerveau ne s’embarrasse pas de réflexions du genre « Est-ce que je prends mon petit miroir joli pour me sauver? » ou encore « Mince je n’ai pas fait la vaisselle avant de m’en aller », il va droit au but et à l’essentiel: téléphone, clés d’appartement, chaussures les plus rapides à enfiler, et course à toute vitesse dans l’escalier pour s’enfuir.

Dix années chaotiques à faire de mauvaises rencontres, de mauvais achats, de mauvais choix, à me battre avec des troubles d’achats compulsifs, contre une dépression insidieuse, contre la violence verbale et physique du quotidien, à me battre aussi souvent contre des moulins à vent.

Humiliée, rabaissée, dépouillée contre mon gré de tout mon bien, pour finir par m’écoeurer du matériel où je me débarrassais ensuite de toutes mes affaires toute seule parce que je croyais ne plus le mériter.

Dix années chaotiques, qui ne sont absolument pas un exemple de cheminement à suivre pour devenir minimaliste, mais finalement dix années chaotiques riches d’enseignements.

1er enseignement: j’ai besoin de très peu de choses pour vivre et être heureuse.

2ème enseignement: aucun objet n’est irremplaçable.

3ème enseignement: les comportements compulsifs sont le résultat d’une profonde souffrance et je n’ai pas à me blâmer pour cela.

4ème enseignement: le trop et le trop peu sont deux extrêmes où l’on ne peut pas s’épanouir en tant qu’être humain.

5ème enseignement: chaque humain a des envies, des rêves et des besoins différents, la comparaison est inutile, tout comme le fait de définir un nombre d’objets à posséder pour être un « bon minimaliste ».

6ème enseignement: le minimalisme n’est pas un mode de vie qui convient à tout le monde.

7ème enseignement: les tris successifs m’ont permis de me construire, de connaître mes goûts, et chaque erreur de tri ou d’achat a été une source d’apprentissage irremplaçable dans ma vie. Je ne regrette finalement pas mes gaspillages d’argent et d’objets en tout genre.

8ème enseignement: la découverte du minimalisme a ouvert de nombreuses autres portes extrêmement intéressantes comme le zéro déchet, la simplicité volontaire, la décroissance, et m’a permis de très belles rencontres sur internet. 💛

9ème enseignement: la meilleure façon de savoir si un objet nous plait est de voir l’enthousiasme que l’on a à l’utiliser, ainsi que la fréquence de son utilisation.

10ème et dernier enseignement: la consommation raisonnée et intelligente fait partie des petits plaisirs de la vie. Renier l’argent et les choses en général n’est pas un comportement sain et constructif.

J’ai récemment laissé tomber le minimalisme car je me suis rendu compte après de nombreuses années d’acharnement que c’est un mode de vie qui ne me convient pas: j’ai trop de passions différentes pour vivre avec seulement une chaise, une table, un futon et une assiette.

Je ne sais pas combien j’ai de plantes et je compte bien m’en offrir d’autres, à l’inverse je me rends compte que mes livres m’entravent (je suis en train de quasiment tous les vendre) et que les arts créatifs me manquent bien plus que ce que je veux bien l’admettre et qu’il me faudrait un peu plus de choses dans ce domaine pour réellement m’épanouir.

Je compte bien agrandir un peu ma petite collection de bols et tasses japonais, mais aussi réduire les quantités d’aliments dans mes placards et mon frigo.

Je suis globalement très dépouillée (sauf dans mon garage mais j’y travaille en ce moment!) mais je ne manque de rien, j’ai su créer un environnement qui me convient, qui me ressemble et m’apporte du confort et du bien-être au quotidien.

Des plantes, de la lumière, de l’espace, des couleurs douces et naturelles, une chambre vide pour bien dormir, un bureau très dépouillé avec vue sur les oiseaux de mon jardin pour rester constamment inspirée et ne pas faire dévier mon esprit sur des choses inutiles, un changement radical très récent dans ma trousse de toilette devenue complètement slow et un remaniement en cours de ma penderie, avec un tri intensif dans mes vêtements et mes chaussures, pour m’alléger et réduire le nombre de choix.

Après tout, je porte toujours les mêmes choses avec plaisir, j’ai mes aliments préférés, les livres que je relis inlassablement sont disposés avec amour sur la bibliothèque de mon salon, mon petit carillon japonais tinte joyeusement tous les matins lorsque j’aère ma maison, et je vais dans quelques jours avoir le vélo de mes rêves, un vtc hollandais au cadre vert bouteille pour faire de longues promenades et oxygéner mon corps et mon esprit.

J’ai mes fidèles compagnons d’écriture, mon Macbook Pro, mon carnet et mon stylo plume, mes merveilleuses amies, mon chéri et mes précieux oiseaux du ciel près de moi, je suis au chaud et en sécurité, je suis respectée et aimée, maintenant loin de la violence, alors quoi demander de plus?

Le bonheur ne s’achète pas, c’est un état d’esprit de gratitude et de reconnaissance quotidien, et tout le monde peut l’expérimenter.

Cet article est encore une fois parti dans tous les sens, mais je crois que l’essentiel y est: peu importe la longueur et la difficulté de la route, nous arrivons toujours quelque part, sans savoir où à l’avance, et cet inconnu a quelque chose de tellement magique.

La vie est belle, et moi je m’en vais lire un bon livre, au chaud sous mon plaid avec une infusion pomme-cannelle sucrée au miel bio de châtaigne. 🐿🦔🍂🍁

Et peut-être que très prochainement, j’attraperais mes beaux pastels et j’essaierais de dessiner une mésange avec.

Celle que je vois tous les jours dans mon prunus me ravit au-delà de toute imagination.

Bref, coeur sur toi 💛