Pourquoi je ne suis plus minimaliste

Pourquoi je ne suis plus minimaliste

Une grande majorité d’entre vous m’a très certainement connue grâce à mes nombreux articles minimalistes écrits au fil des années, avec beaucoup d’ardeur et de conviction.

Découvert il y a 10 ans avec l’auteure Dominique Loreau, pionnière du minimalisme, j’ai cheminé dans ce sens au fil des saisons puis des années, avec des hauts et des bas, en me faufilant malgré moi dans des comportements extrêmes totalement opposés: achats compulsifs et privations brutales ont été mon quotidien durant longtemps.

Mon principal souci, c’est que dans la vie je n’ai jamais eu de cadre sécurisant et de repères, ce qui m’a conduite à de nombreux comportements addictifs et compulsifs au fil du temps, comme les troubles alimentaires (anorexie, boulimie, hyperphagie) mais aussi l’addiction aux jeux vidéos, les achats compulsifs de vêtements, livres, lingerie, chaussures, accessoires, produits de beauté, la dépendance affective…

Manquer de repères m’a empêchée de poser des limites aux comportements dans mon quotidien, aussi étais-je toujours dans un extrême.

Le minimalisme « à ma sauce » m’a poussée à une vie ascétique où je n’avais carrément plus goût à quoi que ce soit, écoeurée que j’étais par le monde matériel, l’argent que je n’avais pas et qui me manquait si cruellement parfois.

La vérité, je l’ai découverte ces dernières semaines, c’est que j’ai en fait très peur de prendre ma place et de m’incarner dans ce monde matériel.

Une très mauvaise estime de moi me fait redouter de gagner de l’argent, de recevoir des cadeaux ou des attentions de la part des autres, me fait même redouter d’entrer en contact avec les gens de peur de les décevoir et de ne pas être à la hauteur.

En parvenant à lâcher-prise sur ces peurs des deux dernières semaines -j’aimerais juste pouvoir m’expliquer comment j’ai réussi…-, je me suis rendu compte que je trouvais mon logement trop dépouillé et que de nombreuses choses matérielles me manquaient pour me sentir épanouie et bien dans mon intérieur.

En fait pour être tout à fait exacte, je trouvais que je manquais de certaines choses et que d’autres étaient présentes en excès.

Je n’avais pas assez de vêtements mais trop de plantes vertes, pas assez d’ustensiles pour faire la cuisine mais trop de livres que je ne lisais plus et qui prenaient la poussière…

Il y avait là-encore un déséquilibre flagrant entre mes besoins vitaux non assouvis, et mes besoins secondaires « trop » assouvis.
C’est ainsi que, non sans une certaine crainte, je me suis autorisée ces derniers temps à m’offrir des affaires dont j’avais besoin mais surtout et avant tout envie pour améliorer mon quotidien.

Sans jugement, sans me brider par rapport au prix (je n’ai ceci dit pas fait d’achats compulsifs, j’ai établi et respecté un budget que je m’étais alloué exprès pour ces dépenses), je me suis acheté ces affaires qui me paraissaient importantes et qui me faisaient défaut.

Et ça s’est très bien passé!

J’ai ainsi acheté de quoi cuisiner (une casserole de qualité, une cocotte et un panier vapeur en pyrex), un aspirateur sans fil et sans sac pour ne plus me pourrir la vie dans les escaliers et vivre de façon plus écologique, de beaux vêtements pour la saison froide, en mode preppy, à mon goût et à ma taille, une bonne paire de chaussures dont je rêvais depuis presque un an, et un peu de déco pour égayer mon intérieur et lui apporter ma petite touche personnelle.

Deux coussins à imprimé cacatoès, une bonbonnière miniature en verre surmontée d’un petit oiseau et un tableau lumineux en bois et métal sont venus s’ajouter dans mon petit univers.

En faisant tous ces achats, quelque chose de négatif a progressivement perdu pied en moi, cette sensation de ne pas mériter les choses, de ne pas avoir le droit de me faire simplement plaisir et de prendre soin de moi.

En m’entourant d’objets dont j’avais besoin et envie, mon confort s’est amplifié, et par extension mon bien-être, et au final, le fait de m’autoriser à me faire plaisir de manière « régulière » a dissout en moi ces pulsions d’achats qui me tordaient parfois le ventre au point d’en perdre le sommeil.

Encore une fois, c’est une histoire d’équilibre.

Trop de privations entraîne une intense frustration, et à l’inverse les achats non contrôlés entraînent une sensation d’écoeurement et de culpabilité.

Dans les deux cas, les répercussions sur ma santé globale se faisaient systématiquement et très rapidement ressentir.

Voilà donc pourquoi j’ai progressivement abandonné le minimalisme, non pas que je sois dorénavant matérialiste et encombrée chez moi, loin de là, mais j’ai trouvé une juste mesure, un équilibre salutaire entre le trop et le pas assez.

J’ai tout simplement décollé une étiquette qui me mettait la pression inutilement.

 

 

Ne me demandez plus combien j’ai de livres dans ma bibliothèque ou de chaussures dans mon shoesing, ni combien j’ai de vêtements dans ma penderie ou combien de feutres et de stylos se trouvent dans mon atelier.

Je ne sais pas et cela m’est complètement égal, car l’important pour moi aujourd’hui est de me sentir bien avec mes affaires, peu importe le nombre.

Me détacher enfin des nombres, après tant d’années de contrôle maladif sur eux, que ce soit le nombre d’affaires que je possède, le poids indiqué sur cette saleté de pèse-personne ou ma taille de confection sur une étiquette de vêtements, est une libération inexprimable tant elle m’est salutaire.

Vivre dans la culpabilité et le stress simplement parce que l’on ne répond pas à un code, à une norme sociétale ou même à une mode -je suis désolée d’écrire ça, mais à mon sens le minimalisme est devenu une mode que je trouve de plus en plus pathétique tant justement les comportements et les jugements sont devenus monnaie courante et extrémistes- n’a rien de sain et de naturel.

Suivre un chemin est une très bonne chose, c’est formateur et constructif, mais il faut savoir bifurquer lorsque s’on se rend compte que celui-ci ne nous convient plus ou nous met mal à l’aise.

J’ai aujourd’hui un mode de vie simple et heureux, que je ne manquerai pas de partager avec vous dans les semaines à venir.

Et je me fais enfin plaisir, dans tous les domaines… ça fait tellement de bien de lâcher prise!

Et toi alors, que penses-tu du minimalisme?